[Portrait] Bill Walton, emblème des Trail Blazers

A l’occasion des 50 années d’existence de la franchise, la rédaction a décidé de mettre à l’honneur les joueurs les plus emblématiques de l’histoire des Trail Blazers. Aujourd’hui, on revient sur un joueur iconique des Blazers, que ce soit par son jeu racé ou sa personnalité excentrique : Bill Walton, acteur majeur du seul et unique titre NBA de Portland en 1977.

 

Quarante deux ans après, rien ne semble avoir changé. Sous un soleil éclatant, Bill Walton monte sur son vélo et part du Memorial Coliseum (antre des Trail Blazers de 1970 à 1995) pour voguer dans le centre-ville de Portland. A l’époque, il avait pour habitude de se rendre aux matchs avec ce moyen de locomotion. Pour lancer le 50e anniversaire de la franchise, les Trail Blazers y voient une opportunité parfaite d’effectuer un clin d’oeil au personnage le plus emblématique de leur histoire. Bill Walton, c’était un pivot à l’élégance rare, au style vestimentaire atypique et à la chevelure libertaire. Toujours prompt à la parole contestataire pour défendre des idées à contre-courant de l’époque. Trop souvent oublié suite à une carrière tronquée par les blessures, alors qu’elle commença sur les chapeaux de roues.

 

Une histoire qui aurait pu ne jamais voir le jour

Il existe un monde où Bill Walton aurait pu ne jamais jouer avec Portland. Alors qu’il cartonne en NCAA avec l’université phare de l’époque UCLA, le grand Bill est sélectionné en 1973 par l’équipe de ABA des San Diego Conquistadors. Malgré l’attrait de pouvoir jouer en professionnel au coeur de sa ville natale, le jeune rouquin est envieux de remporter un troisième titre consécutif avec les Bruins. Cet objectif se solde finalement par un échec, ce qui ne l’empêche pas d’être sélectionné en première position de la draft (NBA cette fois-ci), par les Trail Blazers. Un choix tancé au vue des nombreuses blessures auxquelles Bill Walton a déjà dû faire face. La franchise tente le coup et espère ainsi réaliser le pari gagnant. Le début d’une véritable histoire d’amour, entre affection mutuelle et désaccord sur fond d’incompréhension.

 

Je t’aime, moi non plus

Avant le début de sa carrière professionnelle, Bill Walton a tout gagné ou presque : deux fois vainqueur du championnat lycéen avec Helix High School et le doublé à l’échellon supérieur aux côtés du mythique John Wooden à UCLA. Le tout auréolé de trophées individuels avec deux MOP (Most Outstanding Player) du Final Four et trois distinctions du meilleur joueur de l’année. Bill Walton n’a toujours pas posé le moindre boyau sur un parquet qu’il arbore déjà la tunique de superstar. Malgré ce statut d’intouchable, Bill Walton est loin d’être ce colosse sans failles. Dès ses premières années, il est plombé par un physique fragile. Lors de sa première saison, il ne joue que 35 matchs. Pour sa deuxième année, il joue un peu plus (51 matchs) mais insuffisant néanmoins pour permettre à son équipe d’atteindre les playoffs. En plus de débuts compliqués sur le parquet, le style de Bill Walton dérange.

 

Durant son cursus universitaire, Walton montre déjà son indépendance. Face au très strict John Wooden, Bill tente tant bien que mal de faire accepter son épaisse chevelure rousse. Une histoire où son coach de fac aura finalement le dernier mot, le jeune Bill se résout à quelques ajustements capillaires. Mais l’obstination de celui que l’on surnomme Big Red-Head va bien au-delà de son look. Pacifiste et apôtre de la liberté d’esprit, Bill Walton fut arrêté à de maintes reprises pour ses contestations et participations à des manifestations pacifistes. Dans une Amérique marquée par la guerre du Vietnam (1955-1975), Bill Walton affirme clairement ses opinions politiques et sociétales. Il s’inscrit dans la mouvance hippie de l’époque qui envahit les Etats-Unis au début des années 60, notamment en Californie. Les journalistes locaux critiquent sa personnalité excentrique. Les fans remettent en doute le choix de l’avoir sélectionné en première position de la draft. De son côté, Bill Walton, aussi surprenant que cela puisse paraître, peine à exprimer son mal-être. La saison suivante permettra d’apaiser les tensions naissantes.

 

Bill Walton's Long, Strange Tale of N.B.A. Survival - The New York ...
Avec ses longs cheveux roux et ses vêtements bariolés, Bill Walton faisait figure de trouble-fête dans le paysage de la NBA (Crédit Photo : NY Times)

 

Une arrivée qui change tout

Même s’il n’a jamais mis les pieds en ABA, la carrière de Bill Walton est grandement liée à cette ligue défunte. Lors de la fusion de cette dernière avec la NBA, les joueurs sont alors dispersés dans les équipes. Portland voit ainsi arriver Maurice Lucas, qui va former avec Bill Walton, l’un des meilleurs duos intérieurs de la NBA. Grâce à ce nouvel arrivant, les Blazers vont connaître les playoffs pour la première fois de leur histoire et vont même s’octroyer le droit de rêver, en ralliant les finales NBA. Opposés aux Sixers de Julius Erving, vainqueur des tenants du titre Celtics en demi-finale de conférence, la tâche est d’autant plus ardue pour Bill Walton et ses coéquipiers qu’ils perdent les deux premiers matchs de la série. Mais les belles histoires ne s’expliquent pas et Portland va réaliser l’exploit incongru de remonter un handicap de 2-0, emmené par un Bill Walton stratosphérique tout au long de la série et qui sera élu MVP de ces Finales. Une épopée qu’il ponctue d’une performance majuscule lors du Game 6 avec 20 poins, 23 rebonds, 7 passes et 8 contres. Dans un style visuel opposé, Bill Walton fait beaucoup penser à un autre Bill, celui des fameux Celtics. Dominateur d’un point de vue physique, il l’est tout autant avec sa science du jeu. Pivot au QI basket élevé, il ne vampirise nullement le ballon et laisse le jeu venir à lui. Comme tout bon artiste, il sait aussi protéger son univers et ne laisse personne marquer dans sa raquette. On croit alors assister au commencement du prime de Bill Walton. Malheureusement, la suite de l’histoire nous fera dire qu’il était à ce moment précis, à l’apothéose de sa carrière. Les hommes de Jack Ramsay permettent ainsi à Portland de soulever le premier titre NBA de l’histoire de la franchise.

 

 

Le début de la fin

L’année suivante, Portland continue sur les mêmes bases. Les Blazers se révèlent même comme grandissime favoris à leur propre succession en remportant 50 de leurs 60 premiers matchs. Bill Walton paraît encore plus dominateur que la saison passée. Malheureusement, les blessures le rattrapent. Le géant se fracture la cheville alors qu’il réalise une seconde saison pleine avec 19 points, 13 rebonds, 5 passes et 2.5 contres de moyenne. Elle lui vaudra le titre de MVP de saison régulière mais son équipe s’écroule en playoffs en son absence. Cette blessure marque le début de la fin de l’histoire entre Walton et les Trail Blazers. Le joueur refuse de se faire soigner par le staff médical et son médecin Robert Cook. L’équipe le pousse à revenir sur les parquets pour la série de playoffs face aux Sonics. Orgueilleux, Bill Walton décide alors de ne plus vouloir rester à Portland et demande son transfert. Il passera la saison 78-79 sur le banc en signe de protestation avant d’être finalement agent libre à l’été 79 et de retrouver sa terre promise, chez les Clippers de San Diego.

 

Bill Walton est couronné champion NBA une seconde fois, à la toute fin de sa carrière avec les Celtics. Mais jamais plus il ne retrouve son niveau d’antan, celui de ses années Trail Blazers. Un membre du Hall meurtri par les blessures qui compte près d’une quarantaine d’opérations du dos, du genou, de la cheville ou des pieds au début des années 2010. Aujourd’hui, Bill Walton est identifié à vie comme un Trail Blazers à part entière malgré une aventure semée de hauts et de bas dans l’Oregon. Aujourd’hui, commentateur sur ESPN pour couvrir notamment la NCAA, Bill Walton fait toujours étalage de son exubérance et de sa bonhommie communicative. Autrefois raillé par les fans de Portland, chaque apparition du grand Bill s’accompagne désormais d’une standing ovation du Rose Garden. Joueur phénoménal et et à la personnalité unique, Bill Walton possèdera toujours une place à part dans le coeur et l’histoire de RipCity.

 

(Crédit Photo : portlandsports.com)

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