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[Analyse Tactique] L’utilisation du pick-and-roll

Le pick est un principe de jeu très utilisé en NBA. Évoquons les différentes variantes et comment l’effectif des Blazers les optimisent.

Tableau tactique de basket-ball. © Freepik

Introduction : À raison de deux dimanches par mois, nous vous proposons une chronique tactique. Le but est de mieux comprendre les systèmes et tactiques mis en place par les Blazers. Aujourd’hui, le pick.

Poser un pick

Un écran est une action d’entraide offensive avec pour but de démarquer un ou plusieurs attaquants. Réaliser un écran, c’est faire obstacle avec son corps au mouvement du défenseur d’un des partenaires porteurs ou non porteur du ballon. Toute utilisation d’écran concerne au minimum deux joueurs et elle a besoin d’une maitrise des fondamentaux individuels offensifs tel que la pose et l’utilisation de l’écran mais surtout la capacité à effectuer les meilleurs choix (lecture de jeu).

Toutes les actions de poser et de prise d’écran doivent être précédées d’un travail préparatoire de type feinte, aiguillage ou démarquage. L’objectif de l’attaquant qui va poser le pick est de leurrer son défenseur de façon à ce qu’il ne soit pas gêner lors de la pose d’écran. Soit par une annonce verbale ou une contestation de déplacement réalisé contre le poseur (bump). L’objectif de l’attaquant qui va prendre l’écran est de feinter son défenseur de façon à rendre la pose d’écran plus facile et la plus efficace. Il faut littéralement emmener son défenseur dans l’écran.

Lors de la pose d’écran, le poseur d’écran doit respecter différentes consignes pour éviter une faute offensive (écran mobile, etc) ou une inefficacité du pick qui sont :

  • Annoncer avec des gestes l’écran à son partenaire (communication).
  • Se déplacer avec un changement de rythme après un aiguillage (changement de direction)
  • Poser l’écran en exécutant un petit saut (arrêt simultané).
  • Chercher à prendre de la place avec une posture tonique et solide avec des appuis écartés de la largueur des épaules. Les jambes légèrement fléchis et le buste bien droit.

Le receveur d’écran doit également réaliser des actions pour rendre l’écran efficace :

  • Attirer son défenseur à l’opposé de l’écran (aiguillage) pour lui poser des problèmes d’attention et d’orientation.
  • Amener son défenseur dans l’écran simultanément avec la pose.
  • Changer de rythme pour pouvoir exploiter au mieux l’écran (lent puis vite).
  • Passer son épaule au plus près de l’épaule du défenseur.

Maintenant que nous avons expliqué comment poser un écran, voyons le principe du pick and roll.

Le principe du pick and roll

Le pick and roll (ou écran porteur) est une technique de jeu offensive. Elle concerne deux joueurs dont l’un a le ballon dans les mains. Le porteur de balle est souvent un joueur rapide de petite taille (meneur de jeu-arrière) et le poseur un joueur puissant de grande taille (ailier fort-pivot). Ce dernier va aller poser un pick pour son coéquipier. L’écran est réalisé de façon à se mettre en opposition (comme un mur) avec le défenseur pour l’empêcher de défendre.

Le défenseur a alors deux choix :

  • Il essaye de contourner l’écran, mais il va laisser l’attaquant sans défense quelques secondes.
  • Il change de joueur et l’autre joueur doit faire de même. Le petit joueur se retrouvera ainsi face à un défenseur de grande taille et pourra le prendre plus facilement de vitesse par exemple.

L’attaquant a quant à lui plusieurs possibilités :

  • Tirer en sortie de pick.
  • Attaquer le cercle en dribble.
  • Passer la balle au poseur d’écran.

Une bonne et rapide lecture de jeu ainsi qu’un bon timing est primordial pour réaliser un bon pick and roll.

Cette technique de jeu est devenu incontournable, mis en place à chaque action ou presque. Il est devenu très populaire en NBA à partir des années 1990. Jerry Sloan, coach historique, en a fait la force du Jazz d’Utah pendant plus d’une dizaine d’années avec le duo John Stockton et Karl Malone.

Tout au long de cet article nous allons donc évoquer l’utilisation du pick et ses variantes dans le playbook des Trail Blazers.

Pick and roll

Dans l’effectif actuel, il y a de très bons manieurs de ballons comme Damian Lillard, CJ McCollum, Anfernee Simons, et des pivots physiques et puissants comme Jusuf Nurkic, blessé, ou Enes Kanter. Les Blazers ont des joueurs pour exploiter au mieux le pick and roll car nos guards ont la capacité d’attaquer le cercle avec leur vitesse, de tirer de loin ou de passer pour le grand qui roll (roule) vers le cercle. Le meneur de jeu doit avoir une très bonne lecture de jeu pour lire ce que la défense adverse propose.

Sur cette première séquence ci-dessous, Enes Kanter porte un pick haut pour Damian Lillard sur Cole Anthony (fils de l’ancien Blazers Greg Anthony). Notre superstar va prendre de la vitesse pour déborder Nikola Vucevic, car ce dernier manque de mobilité.

Écran d’Enes Kanter pour Lillard qui file au cercle.

Seconde séquence, reprenons les mêmes avec Lillard et Kanter. Ce dernier vient poser un pick, Lillard attaque à l’opposé de l’écran pour fixer Stevens pour éviter qu’il anticipe le pick. Le Turc ajuste son écran, pris cette fois par le meneur de jeu. Enes Kanter n’a plus qu’à roller (ouvrir ou rouler) vers le cercle, car Jarrett Allen est venu en aide sur la sortie d’écran. Lillard se retrouve avec plus ou moins une prise à deux sur le dos. Grâce à sa bonne lecture de jeu, il fait la passe à Kanter qui peut inscrire un panier facile.

Pick and roll d’Enes Kanter avec Damian Lillard.

Pour créer du spacing

Dernière séquence en pick and roll, toujours face aux Cleveland Cavaliers. Gardons les mêmes attaquants, mais changeons les défenseurs avec l’arrivée de Drummond et Garland. Une nouvelle fois, un pick haut est réalisé par Kanter. Lillard sort vite et loin, obligeant Drummond a essayé de le cadrer en attendant que Garland revienne dessus. Kanter roll vers le cercle sans son défenseur sur le dos, mais Taurean Prince couvre l’accès au cercle. Or avec ce choix, il laisse son opposant tout seul. Le porteur du ballon doit seulement servir Anfernee Simons, grâce au spacing, se retrouve ouvert pour le trois points.

Pick d’Enes Kanter pour Damian Lillard qui sert Anfernee Simons pour un tir ouvert.

Pick and pop (ou flare)

Nous partons sur la même base que le pick and roll vu plus haut or cette fois-ci le poseur de picks ne va pas roller vers le cercle. Il va poser son écan puis s’ouvrir dans la direction opposée du porteur de ballon et derrière la ligne des trois-points.

Les Blazers ont les joueurs pour jouer ce type de play grâce à la présence de Carmelo Anthony, Robert Covington et Derrick Jones Jr dans l’effectif. Ils sont assez physiques pour poser un pick et ont de l’adresse pour sanctionner avec efficacité à longue distance. Ces plays peuvent être très efficaces lorsque les Blazers jouent en small-ball avec un pivot adverse qui défend sur nos ailiers.

Présentons seulement un exemple avec ce play impliquant Carmelo Anthony. Le futur Hall of Famer vient poser un écran sur Stevens qui défend sur Lillard. Le meneur de jeu prend le pick puis Carmelo ouvre directement et s’écarte au loin dans le corner. Dotson voulait sans doute changer en défense avec Stevens au vu de sa réaction, mais il y a eu problème de communication, Anthony se retrouve seul donc reçoit le ballon pour un shoot ouvert.

Pick and pop de Carmelo Anthony avec Damian Lillard.

Pick the picker

Rajoutons une subtilité, un troisième joueur. Ce troisième joueur va venir poser un écran sur le défenseur du joueur qui pose le premier écran. Cela oblige la défense à faire des choix en fonction des différents profils de joueurs poseurs de picks. Ce principe de jeu est très utilisé par les sélections Espagnoles. En combinant un pick and roll et un pick and pop pour réaliser ce pick the picker, l’attaque donne plusieurs solutions au porteur de balle.

Sur cette action, Robert Covington vient poser un pick pour Lillard sur Richardson. Kanter le suit pour réaliser à la fois un double pick pour Lillard puis un pick (mobile donc sanctionnable sur cette action) sur le défenseur de Covington donc bien un pick the picker. Kanter qui pick sur Covington qui pickait sur Lillard. Richardson et Porzingis défendent sur Dame, Doncic est pris dans l’écran de Kanter, RoCo est tout seul, passe du meneur, shoot ouvert.

Pick the picker entre Enes Kanter, Robert Covington et Damian Lillard.

Pick sur non porteur

Toutes les phases traitées ci-dessus sont des picks sur porteur de balle or ils sont aussi réalisables sur non-porteur. L’écran va permettre au bénéficiaire de se démarquer pour recevoir le ballon dans les meilleures conditions possibles. Le joueur pourra tirer en catch-and-shoot, driver au cercle ou passer.

Sur cette action, Kanter reçoit le ballon sur le périmètre à la suite d’une passe de CJ Elleby. Ce dernier va faire mine d’aller se placer derrière la ligne des points dans l’aile. Mais au même moment, Robert Covington monte faire un écran. RoCo fait mine, de par sa trajectoire, d’aller poser un pick pour Kanter or il se retourne (aiguillage) et le réalise pour le rookie. Ce dernier fait également un aiguillage avec un changement de rythme pour prendre le pick qui surprend son défenseur. Il reçoit le ballon du Turc en sortie d’écran et s’ouvre l’accès au cercle avec son défenseur derrière lui.

Pick non-porteur de Robert Covington pourCj Elleby qui file au cercle.

Le Stagger

Le Stagger est une action avec une pose de deux écrans consécutifs dans la même direction pour un joueur sans ballon. Le joueur bénéficiant du stagger peut sortir pour tirer, ou couper vers le cercle et même couper entre les deux écrans, mais cela est déjà plus complexe. Ce play est très utilisé par les équipes ayant de très bons shooteurs dans leur effectif. Portland peut très bien le mettre en place pour Damian Lillard, CJ McCollum, Gary Trent Jr, Robert Covington, etc. Des joueurs capables de tirer en sortie d’écran.

Dans notre cas présent, Gary Trent Jr porte le ballon tandis que Damian Lillard va se placer à 45°. Notre superstar reçoit un stagger de Covington et Kanter, deux écrans successifs dans la même direction. Notre numéro 0 change de rythme pour prendre les picks. On pourrait penser que le pick du pivot est mauvais, car il ne touche pas le défenseur, mais Bacon est déjà en retard et contourne (modifie sa trajectoire optimale) Kanter pour suivre Lillard. Ce dernier a assez d’avance, reçoit le ballon et tire sans être gêné par son défenseur.

Stagger pour le trois points de Damian Lillard.
Schéma illustant le Stagger pris par Damian Lillard ci-dessus. Wandy JESTIN

Le Hand-off pick

Dernière variante que nous verrons, le hand-off pick. C’est-à-dire une passe main à main suivi d’un pick. C’est une pure variante du pick and roll, sauf que le joueur qui pose le pick est celui qui avait le ballon dans les mains. Il passe le ballon à son coéquipier au moment où il va planter ses appuis pour poser l’écran.

Sur la séquence Lillard monte le ballon tandis que CJ Elleby va porter un pick non porteur pour Enes Kanter. Le Turc prend l’écran et reçoit une passe de Dame . Le meneur court vers le pivot, hand off entre les deux (mains à mains) et Kanter pose son écran dans la foulée sur le défenseur de Lillard. Cole Anthony est bloqué dans l’écran et Vucevic est pris dans le premier écran non-porteur d’Elleby, est en retard pour venir en aide sur Lillard. Notre meneur peut poser ses appuis en rythme en sortie d’écran et dégainer de loin aisément.

Hand off pick de Kanter pour Lillard.

On pense souvent à tord que des systèmes ne sont pas mis en place par les Blazers ou d’autres équipes. Pourtant, les équipes jouent énormément en pick and roll ou en pick sur non porteur du ballon. Cela peut être vu comme un simple écran mais c’est un principe de jeu comme l’est la fameuse attaque en triangle de Tex Winter. J’espère que l’article vous aura aidés pour une meilleure compréhension des picks. La prochaine fois nous reviendrons sur le côté défensif des picks et la façon dont Portland le défend.

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