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Portraits

[Portrait] Arvydas Sabonis, le pionnier du basket Européen

A l’occasion des 50 années d’existence de la franchise, la rédaction a décidé de mettre à l’honneur les joueurs les plus emblématiques de l’histoire des Trail Blazers. Aujourd’hui, on revient sur un joueur formidablement talentueux s’étant fait une place en NBA durant 7 ans seulement, mais assez pour être aimé de tous : Arvydas Sabonis. 

Arvydas Sabonis a marqué les Trail Blazers et la NBA en très peu de temps. / © NBA

Il a marqué la planète basket d’un pas de géant, a fait trembler la NBA jusqu’à l’impressionnante carrure de Shaquille O’Neal, et a suscité un rare engouement dans un basket européen assez méconnu à l’époque. Et pourtant, sa longévité dans la grande ligue n’a pas atteint des sommets. Voici venir le grand Arvydas Sabonis, roi de la balle en Lituanie.

On reste en terrain connu

Tout commence en Lituanie. Auparavant territoire annexé à la Russie dans ce qui était appelé l’URSS, Arvydas Sabonis évolue à des kilomètres de la NBA, des Etats-Unis et donc loin des regards. Dès ses 17 ans, ses premiers pas avec la balle orange en main se font dans un club local, le Zalgiris de Kaunas, dans le championnat de l’URSS. Fidèle à lui-même, mais avant tout fidèle envers sa patrie, il évoluera dans ce club de 1981 à 1989, évitant ainsi le recrutement au CSKA Moscou et la vie à la dure dans l’armée soviétique. Plus encore qu’un simple engagement dans une équipe quelconque, l’émulation des deux équipes symbolise aussi la rivalité entre les pays annexés, et le combat sur le terrain prend des allures de guerre politique. De ses 2m20, il dépasse d’une large tête la plupart des joueurs de sa catégorie, et survole sa ligue tout en se perfectionnant dans son jeu. En 1982, alors âgé de 18 ans, il participe au championnat du monde sous les couleurs de l’URSS. Malgré un faible temps de jeu, notamment dans les phases finales, son impact reste significatif, et son équipe se voit remporter le titre de champions du monde face aux Etats-Unis. Exposé aux caméras du monde et aux yeux des premiers scouts NBA, ceux-ci voient déjà se profiler un futur grand nom du basket, et alors qu’aucun joueur de l’URSS n’avait été sélectionné dans la grande ligue, on se dit :  » il y a un début à tout, et ce début porte le nom de Sabonis « . Ses doigts de fée surprennent tout un chacun, étant donné qu’il puisse distribuer le ballon à ses coéquipiers avec une facilité étonnante, tentant parfois des passes dans le dos ou des no-look pass ; son jeu au poste est des plus appréciables étant donné la carrure du garçon, et son touché fait des ravages ; son habileté à se frayer un chemin dans les défenses adverses le classe parmi les pivots les plus mobiles de son époque…

Bien qu’il ne se présente ni aux drafts, ni ne souhaite quitter son club, ses qualifications pour les championnats du monde et d’Europe se succèdent, et l’URSS finit constamment sur le podium.  C’est en 1985 que le nom de Sabonis commence à résonner dans sa région : il porte son club tant et si bien qu’ils finissent par remporter le titre de champion de l’URSS, au nez et à la barbe du CSKA, qui y était abonné depuis 9 années consécutives. Il remportera également le titre de MVP du championnat d’Europe et figurera dans le premier cinq (voyant ainsi les noms de Drazen Petrovic et de Fernando Martin a ses côtés, à savoir 2 futurs Blazers). Sa première grosse rivalité porte d’ailleurs le nom de Petrovic, de Yougoslavie : ils batailleront bec et ongles à la recherche du titre tant convoité de champion d’Europe notamment, puis de champion d’URSS, Petrovic évoluant dans l’équipe finalement victorieuse de Zagreb. Le championnat du monde les verra s’affronter à nouveau, et c’est une nouvelle bataille que remportera l’URSS, avant de s’incliner face aux Américains de David Robinson en finale.

Montée en grade

Sélectionné à la draft 1985 par les Atlanta Hawks, le choix est finalement annulé, étant donné qu’Arvydas n’avait pas encore atteint ses 21 ans. Il est drafté par les Portland TrailBlazers l’année suivante, mais il ne rejoindra l’équipe que des années plus tard. En effet, l’année qui suit est annonciatrice de mauvaises nouvelles pour lui. Il se rompt le tendon d’Achille. Soigné par le staff des Blazers mais mis sous pression par la doctrine soviétique, il participera malgré tout à ses premiers Jeux Olympiques. L’URSS remporte la médaille d’or face à la Yougoslavie de Petrovic. Néanmoins, ses blessures restant de grave nature pour un athlète, et bien que la franchise des Blazers ait mis les moyens pour qu’il puisse recourir aux meilleurs traitements, son arrivée en NBA est repoussée. Il en profitera pour perfectionner son jeu et se refaire la main en restant en Europe.

Arvydas Sabonis (le 2e en partant de la droite) lors du titre olympique de l’URSS aux dépens de la Yougoslavie de Petrovic en 1988 à Séoul.

En 1989, il s’engage dans le Club de Baloncesto de Valladolid, en Espagne. Sa seule présence permet au modeste club espagnol de passer un cap et de s’imposer parmi les meilleures équipes du championnat. Après trois ans avec le maillot sur les épaules, « Sabas » aura réussi à porter sur son immense dos une équipe partie de la 17ème place jusqu’en demi-finales. En 1992, il dispute à nouveau les Jeux Olympiques, cette fois sous les couleurs de la Lituanie. L’équipe lituanienne terminera à la 3ème place, après une petite finale lourde de sens et de motivation remportée face à l’Union Soviétique.

Durant 3 ans, le géant évolue dans le club du Real Madrid et prend place dans une compétition plus ardue et incluant de meilleurs joueurs. Ils domineront tant et si bien la Ligue qu’il remporteront le titre, offrant par l’occasion un nouveau titre de MVP à Arvydas. L’année suivante, le Real s’impose en Liga ACB, et Arvydas accumule les titres à la brouette : il devient le premier joueur à remporter le trophée du MVP deux saisons consécutives.

Terre promise en vue

1995 marque peut-être le cap le plus important dans la carrière d’Arvydas Sabonis puisqu’il quitte l’Europe et traverse l’océan Atlantique pour enfin rejoindre la grande ligue, la NBA. Il se retrouve enfin dans la ligue qui lui correspond le mieux alors que son état physique est à son plus bas. Face à des adversaires opposant de vraies résistances, un nouveau challenge est face au géant lituanien. Au moment de la draft, les Blazers souhaitaient récupérer un joyau qu’ils pourraient façonner à leur convenance, afin d’en tirer tout son potentiel. Mais en arrivant dans la ligue à 31 ans, la pierre précieuse, bien que polie à souhait, commence déjà à être usée et ne peut s’encastrer à long terme dans la tiare que formaient les Blazers de l’époque, avec Rod Strickland et Clifford Robinson entre autres. Le prime de Sabas était sur le point de se terminer, et bien qu’il ait réussi avec brio en Espagne, on pourrait se demander ce qu’il aurait pu remporter sans ses blessures, et par conséquent en arrivant plus tôt. L’histoire s’est déjà mise en marche depuis quelques années.

Bien qu’il ne soit plus tout jeune, le numéro 11 n’est pas pour autant un poids mort pour l’équipe. Bien au contraire, sa lecture du jeu et sa dominance dans la raquette des Blazers fait des ravages. Le récent départ de Clyde Drexler ayant contrecarré la plupart des plans futurs pour les Blazers, les mains d’or du lituanien font le bonheur du coach P.J Carlesimo, et les fans se prennent rapidement d’affection pour Sabas. A cette époque, toute la ligue est frappée de stupeur en voyant venir ce grand gaillard, sorti de nulle part, percer les défenses adverses avec un flegme si caractéristique et capable de shooter avec confiance et efficacité (à noter que son premier match concorde avec le premier match joué dans le Rose Garden, aujourd’hui renommé Moda Center). Fait ô combien singulier et atypique : il participe au Rookie Challenge du All-Star Game, à l’âge canonique de 32 ans. Il figurera d’ailleurs dans la 1st All-NBA Rookie Team, aux côtés des jeunes Jerry Stackhouse et Damon Stoudamire notamment. Pour ses premiers playoffs, contre le Jazz de Utah en l’occurrence, il aligne des chiffres impressionnants face à Karl Malone, à hauteur de 24 points et 10 rebonds de moyenne en 35 minutes. Un rookie avec du cœur à l’ouvrage et déjà de la bouteille, malgré la défaite en 5 matchs.

Après une médaille de bronze aux JO d’Atlanta en 1996, son impact dans l’équipe et sur la compétition en général se fait d’autant plus ressentir, mine de rien. C’est bien simple, l’équipe des Blazers tourne autour de son nouveau pivot titulaire, qui devient le maître du jeu et l’architecte de la défense de Portland. D’autant plus que le General Manager Bob Whitsitt a fait du bon travail en rameutant les fortes têtes de Rasheed Wallace et Kenny Anderson dans le vestiaire. Cinquièmes de conférence, le premier tour des playoffs affiche un combat alléchant : les Portland Trail Blazers de Stoudamire, du Sheed et de Sabonis face aux Lakers du Shaq et de Kobe Bryant. Le grand pivot est un nouveau venu à Los Angeles, et devient rapidement le chat noir de Sabas, tant la domination est écrasante envers le Lituanien. Le coup de balai est tonitruant, et on entend résonner au loin le glas du prime de Sabonis.

Pour la saison 1997-1998, celui-ci continue sur sa lancée habituelle, et mène la vie dure à toutes les raquettes de la ligue. Arvydas Sabonis connaît le point d’orgue de sa carrière en NBA, en alignant 16 points de moyenne, ajoutés à ses 10 rebonds, 3 passes et 1 contre. Autour de lui, les Blazers avancent au diapason, et la musique qui en émane les propulse directement dans le top 6 de la conférence Ouest. Seul problème : les Lakers leur font barrage, à nouveau. Et une fois n’est pas coutume, ils écraseront la concurrence, plongeant ainsi les Portland Trail Blazers dans une série de 6 défaites au premier tour des playoffs. Un vrai coup dur quand on voit l’effectif aligné.

Le lockout de 1998 ayant bouleversé les plans de nombreux joueurs, Arvydas parvient à garder la tête froide et signe un contrat de sécurité avec l’équipe de Vilnius. Quelques semaines plus tard, il resigne pour deux ans avec les Blazers, et dans une saison raccourcie, ils finissent troisième de conférence, entraînés par le Coach of the Year, Mike Dunleavy. Ils atteignent les finales de conférence avant de se croiser la route des implacables Spurs de Tim Duncan et de l’Amiral Robinson, en route pour le titre. Un énième sweep plus tard, la déception est grande. La nouvelle politique des Blazers, cherchant à attirer des agents libres de renom avec l’argent du propriétaire Paul Allen, semble limitée. Et bien qu’on s’estime heureux d’accrocher les playoffs en proposant un basket de qualité durant la saison régulière, on se demande si les Blazers ne sont pas dans la fin d’un cycle, à l’image de Sabonis. A son propos, on sent que les années ont fait leur oeuvre, et qu’il n’est plus aussi impactant qu’auparavant, d’autant plus que la nouvelle génération déborde d’énergie et de créativité face à laquelle Sabas ne peut s’adapter avec efficacité.

Mais les records sont faits pour être battus, et ça vaut tout autant pour les courbes ascendantes que descendantes. Encadrés par le talentueux vétéran Scottie Pippen, venu tout droit de Chicago, les Blazers iront jusqu’en finales de conférence, avant de rencontrer les Lakers. La bête noire des Blazers à cette époque. Arvydas n’a qu’un objectif en tête : restreindre la locomotive O’Neal. Pour se faire, quoi de mieux que le Hack-A-Shaq : la technique bien rodée consistait à fauter sur le Shaq afin de l’emmener sur la ligne. Il est de notoriété publique que celui-ci était loin d’être un fin tireur, et le nombre de lancers-francs qu’il ratait avait généralement pour résultat d’inverser la tendance du match. Ça passe ou ça casse, en somme. Pour le coup, ça a cassé. O’Neal inscrit 41 points pour le premier match, tandis que Sabonis ne parvient pas à rentrer le moindre panier. Au troisième match, c’est même Kobe qui le contrera alors qu’il tentera d’égaliser à la fin du match.

La saison suivante marquera définitivement l’apoptose de la fin de carrière de Sabonis : l’ère sombre des Jail Blazers est bien avancée, les problèmes dans l’équipe s’accumulent, et l’image de l’équipe se ternit. Alors que les Blazers finissent 7ème de conférence, non sans mal, le nouveau venu Shawn Kemp (et son tout nouvel embonpoint post lockout) est éloigné des parquets pour une cure de désintox. Sabonis et Wallace se prennent le chou, et pénalisent l’équipe toute entière avec leurs suspensions respectives. Il est temps pour Arvydas de faire une pause, et il décide dans la foulée de ne pas resigner aux Blazers, mais plutôt de s’occuper de sa famille et de ses 4 fils. Il reviendra l’année suivante dans l’Oregon, pour des minutes en nette baisse. C’en était fini de sa courte carrière en NBA. Il retournera dans son club d’origine, à Kaunas, pour deux dernières saisons durant lesquelles il parviendra encore à s’imposer, mais le jeune et fougueux Arvydas d’autrefois n’était plus que de l’histoire ancienne. Après avoir remporté le titre de champion national, tout de même, il prend la décision d’arrêter sa carrière de joueur. Mais s’il ne revêtit peut-être plus son maillot et ses baskets, il n’aura fait que changer de costume puisqu’il deviendra par la suite dirigeant de son club de Kaunas, qui l’aura vu grandir puis revenir. Il deviendra entre temps le président de la fédération lituanienne de Basketball, et finalement, n’était-ce pas une évidence au vu de son parcours et de sa mentalité fidèle ?

CDM 2019 - Domantas Sabonis veut poursuivre l'héritage de son père

Aujourd’hui président de la Fédération Lituanienne de Basket, Arvydas peut voir son fils Domantas prendre sa relève en NBA, avec les Indiana Pacers. / © FIBA

Les Portland TrailBlazers sont abonnés à ces « What If », ces situations si étroites qui auraient pu complètement inverser le cours des événements. L’arrivée d’Arvydas Sabonis en NBA en fait partie : et s’il était venu plus tôt ? Et s’il ne s’était pas blessé ? Et s’il avait été All-Star ? Aurait-il pu faire partie des meilleurs pivots de l’histoire ?

Si son parcours NBA aura été plus que respectable et surprenant, c’est bien son palmarès en Europe et dans les compétitions nationales et internationales qui aura marqué les esprits. En témoignent ses distinctions, ses médailles et ses titres qui se comptent par dizaines, même si aucune ne peut s’aligner à la distinction ultime pour un joueur de son calibre, à savoir l’entrée dans le Hall Of Fame de la FIBA, en 2011. Il aura été le pionnier (traduit par « Blazer » en anglais, ça ne s’invente pas) de sa génération, l’un des premiers Européens à être drafté en NBA, ouvrant ainsi la porte pour les Tony Parker et Dirk Nowitzki qu’on connaît aujourd’hui. Il aura par ailleurs permis à la lumière de se poser sur ce continent européen, dans lequel les talents ne sont pas si rares, et aura été l’un des prédicateurs de l’ère des grands pivots dominateurs, avec un sens du jeu et un QI basket à faire pâlir certains arrières.

Aujourd’hui, le nom de Sabonis nous renvoie directement à son fils, Domantas Sabonis, qui se fait une place confortable chez les Pacers de l’Indiana. La relève est assurée, et nous ne pouvons qu’en applaudir. Car bien que les Blazers n’aient remporté qu’un titre dans les 50 ans de leur histoire, ils ont réussi à encenser des milliers de fans fidèles. Et ces fans se souviendront des joueurs qui les auront marqués, des joueurs qu’ils auront supportés et aimés : nul doute qu’au milieu des Bill Walton, Brandon Roy et Damian Lillard, on y retrouve le nom d’un Lituanien, dont la devise pourrait être « c’était court mais intense ». A défaut de porter le nom Sabonis, la relève de l’Oregon est bosnienne, et son jeu comporte de nombreux points communs avec le grand Sabas…

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