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Portraits

[Portrait] Rasheed Wallace, chef de meute des Jail Blazers

A l’occasion des 50 années d’existence de la franchise, la rédaction a décidé de mettre à l’honneur les joueurs les plus emblématiques de l’histoire des Trail Blazers. Aujourd’hui, on revient sur un champion NBA au talent indéniable mais au caractère bien trempé.

Le Sheed s’est fait entendre tout au long de sa carrière. / © Fan Sided

La bouche toujours grande ouverte. Une image qui se suffit à elle-même pour décrire ce que représentait Rasheed Wallace. On ne l’apercevait pas encore qu’on pouvait déjà l’entendre s’égosiller. Son auditoire préféré étaient le cercle des arbitres de la grande Ligue, pas forcément ravi de recevoir les aboiements du Sheed. Une dimension extra-sportive qui ne doit pas occulter de notre subconscient le magnifique basketteur qu’était Rasheed Wallace. Retour sur le parcours sinusoïdal de celui qui aurait pu être Hall of Famer, sans ses frasques et fantaisies hors-terrain. Parce que la balle orange, elle, ne ment pas.

 

Être sophomore lui va bien

C’est chez les Tar Heels de North Carolina que le jeune Rasheed décide de se développer pour parfaire son apprentissage sous la houlette du mythique coach Dean Smith. Lors de son année sophomore, il est considéré comme l’un des meilleurs espoirs du pays. North Carolina est un vrai prétendant au titre mais se fait éliminer cette fois aux portes de la finale face à l’université d’Arkansas. Direction la draft 1995 pour le natif de Philadelphie, où il est sélectionné en 4ème position par les Washington Bullets (renommés Wizards). Barré par une concurrence féroce au poste 4, il profite de la blessure de Chris Webber pour glaner une place de titulaire et intègre en fin de saison la All NBA Rookie Second Team. Pas convaincus par son potentiel, les dirigeants de la capitale l’échangent durant l’intersaison vers Portland contre Rod Strickland et Harvey Grant.

Sans ailier-fort dominant dans l’Oregon, Rasheed hérite naturellement du poste en tant que starter, se partageant les minutes avec le rookie Jermaine O’Neal. La conférence Ouest est féroce mais les Blazers arrivent tout de même à se qualifier en playoffs avant de se faire sortir par les Lakers d’un autre O’Neal, Shaquille cette fois. Néanmoins, Wallace s’impose déjà comme le meilleur joueur de son équipe pour sa première post-season et tous les indicateurs tende vers une suite positive.

Futur brillant

Les Blazers entament une nouvelle page dans leur livre d’histoire. Clyde Drexler, emblème des années 80-90, transféré en 1995, Cliff Robinson est le dernier des mohicans et quitte l’équipe en 1998. Un nouveau coach débarque en la personne de Mike Dunleavy pour faire jouer ensemble un roster très talentueux sur le papier : Arvydas Sabonis, Isaiah Rider, Kenny Anderson auxquels viennent s’ajouter le spectaculaire Damon Stoudamire et le rugueux Briant Grant. La saison 1997-1998 est semblable à la précédente ; une régulière bien maîtrisée mais une autre défaite au premier tour, toujours face aux Lakers.

Si l’année 1998 est marquée par un lockout important, elle a surtout été l’occasion pour ce groupe de joueurs de s’améliorer un peu plus et finir troisième d’une saison raccourcie. Le premier tour est cette fois-ci surmonté mais un sweep douloureux contre les futurs champions, les Spurs de Duncan et Robinson, vient encore une fois ajouter une pincée de déception. On ne se doute pas que le meilleur est à venir. L’entrée au nouveau millénaire représente le point d’orgue de cette génération. En effet, l’addition des vétérans Scottie Pippen et Detlef Schrempf permet à l’équipe de franchir un nouveau cap. Une première sélection au All-Star Game récompense logiquement le Sheed grâce à sa meilleure ligne de stats avec Portland : 19.2 pts à 50%, 7.8 rebonds et 2.8 passes (notons son record de 41 fautes techniques en 80 matchs).

Dans la longue liste des intérieurs dominants au milieu des années 90-2000, Rasheed Wallace est souvent mésestimée. Son physique peut passer inaperçu par rapport au volumineux Shaq, au puissant Chris Webber ou au grand Tim Duncan. Mais Rasheed Wallace rassemblait un brin de toutes ces qualités. Une défense sous-estimée qui sera grandement mis en valeur à Detroit avec son homonyme, Big Ben. Une polyvalence offensive à faire rougir les plus grands intérieurs cités précédemment. Avec ses bras qui tombaient à hauteur de ses genoux, le Sheed pouvait tout simplement shooter au-dessus de ses opposants, sans que cela lui pose le moindre soucis. Sa qualité de tir en fait déjà un joueur moderne pour une époque vétuste où les intérieurs n’étaient pas destinés à tirer de loin.

Lors des deux premiers tours de la campagne 2000, les Wolves et les Jazzmens sont balayés facilement. La finale de conférence oppose Portland aux Lakers, pour une finale NBA avant l’heure. En face, les pensionnaires du Staples Center, encore et toujours. Le grand Shaq est désormais épaulé par un Kobe Bryant à la coupe afro. La série est entamée de la manière la plus encline à épicer les choses puisque Rasheed est exclu lors du Game 1 sans même avoir prononcé un mot envers l’arbitre. Déjà victime de sa réputation sulfureuse. Au milieu du troisième quart-temps, suite à une faute de Kobe Bryant sur Scottie Pippen, Wallace regarde l’arbitre Ron Garretson pendant quelques secondes, sans rien dire. L’officiel prend cela comme une provocation et dégaine. «Whack ! Get Out !», deuxième technique pour le Sheed, direction les vestiaires. Une expulsion majeure puisque Rasheed Wallace ne faisait qu’une bouchée de Robert Horry. Malgré tout, Portland force un Game 7 et même tout proche de l’emporter alors qu’il ne reste plus qu’un quart-temps à achever. Malheureusement, les Blazers passent à côté de ces 12 minutes décisives et doivent s’incliner. Rasheed Wallace symbolise cette véritable descente aux enfers en loupant six tirs consécutifs.

La défaite de trop. Lors de la saison suivante, un évènement fera définitivement imploser le vestiaire . En avril 2001, à quelques jours de la fin de la régulière, l’ambiance commence à se dégrader suite à des défaites qui s’accumulent. L’histoire prend encore pour contexte un match face aux Lakers, décidément inséparables des Blazers lors de cette période. Lors d’un temps-mort, Rasheed Wallace balance une serviette au visage d’Arvydas Sabonis. Ce dernier, ne parvenant pas à contenir les intérieurs adverses,  » floppait « . Une attitude qui avait le don d’énerver le Sheed. Sur le coup, la légende lituanienne ne réagit pas mais dira quelques semaines plus tard :

« Ce ne sont pas des joueurs dans l’équipe de Portland, juste des noms qui gagnent des millions  » Arvydas Sabonis

Durant toute cette période, les Blazers se font davantage remarquer pour leurs frasques hors que sur le terrain. La ligue était au cœur de la culture hip-hop/gangsta symbolisant le basket US après MJ. Les Jail Blazers furent considérés comme la figure de proue de cette image négative des basketteurs. Consommation de stupéfiants, violences domestiques, bagarres entre coéquipiers, déclarations provocantes, gestes obscènes envers le public, menaces envers les arbitres, la liste est longue. Pour Rasheed Wallace, on déplore une conduite sans permis et (plus grave), des violences sur sa petite amie de l’époque ainsi que plusieurs arrestations concernant la prise de stupéfiants. Il entraîne dans sa chute les petits jeunes de l’équipe que sont Bonzi Wells ou Zach Randolph. Malgré tout le talent de Rasheed Wallace et de ses coéquipiers de l’époque, les dirigeants ne peuvent plus supporter un nouvel écart de conduite. Rasheed Wallace est échangé à Atlanta en 2004, où il posera ses valises uniquement le temps d’un match, avant de filer à Detroit.

Bonzi Wells Thinks The Jail Blazers Era Was Misunderstood

Bonzi Wells, Rasheed Wallace et Zach Randolph (de gauche à droite) étaient les représentants de cette fameuse équipe surnommée, les « Jail Blazers ». / © Getty Images

Rasheed, Résurrection, Renaissance

En 2004, Detroit est un favori pour la victoire finale. Aux côtés de Chauncey Billups, Rip Hamilton, Tayshaun Prince, et Ben Wallace, le Sheed contribue de façon non négligeable au titre glané face aux Lakers. Retraité un temps, il revient pour une dernière pige à New York qui sera finalement très courte avant de raccrocher les baskets une fois pour toutes en 2013.

Un grand joueur au sein d’une équipe très talentueuse, mais des problèmes de comportement qui ont fini par coûter cher à Portland au début des années 2000, enchaînant les campagnes de playoffs sans jamais atteindre les Finales NBA. Rasheed Wallace reste une énigme pour beaucoup de fans de RipCity. Est-il à l’origine de l’ambiance délétère qui régnait chez les Blazers au début des années 2000 ou un simple acteur d’une sombre époque pour Portland ? Un champion NBA, 4 fois All-Star, qui aurait pu être plus mais qui n’avait sans doute pas les épaules ni la mentalité pour assumer un rôle de leader. Sans son côté tête brûlée, Wallace aurait peut-être réalisé une carrière encore plus accomplie. Mais serait-elle aussi iconique ? Pas moins sûr. L’histoire de la NBA s’est construite avec des personnages au caractère emblématique et Rasheed Wallace fait bien partie de cette classe à part.

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